Centre

Une nuit, « je » ne savais pas si je dormais ou si j’étais réveillé,  le corps était allongé en train de dormir mais la conscience était pleinement présente, partout, sans être identifiée à quoi que ce soit. Avant cela il y avait simplement une félicité indescriptible, paix totale, pur bonheur, rien d’autre. C’était le noir complet, vide absolu, aucune couleur, aucun son, aucun goût, aucune odeur, rien de palpable, aucune pensée, ni image, ni émotion, ni sentiment, personne, rien, que l’être pur, béatitude infinie.

cercle_blanc_fond_noir

Puis, à un moment que j’ai perçu comme le réveil du corps, un centre a émergé dans cette infinité, et ce centre a dit « je ». Lorsque le centre est apparu, une sensation désagréable de limitation est apparue, une sensation presque étouffante. Il n’y avait que l’être pur, impersonnel, et lorsque le « je » s’est manifesté, le temps, l’espace et la division se sont manifestés.

Dans le schéma ci-dessus le cercle blanc est le centre, le « je » illusoire personnel et limité qui a émergé de l’être-pur-impersonnel-infini. Lorsque l’illusion « je » a émergé, l’illusion « non-je » a émergé également, donc division et espace-temps. Dans cette plénitude infinie il n’y avait pas la sensation d’un centre, il n’y avait pas de temps, ni espace, ni autre.

Le « je » est un « jeu », c’est une illusion. Il y a un corps, une forme, une mémoire, et tout ça dit « je ». Nous ne sommes plusieurs « je » qu’en apparence, mais on peut vivre libres du centre, comme si on n’était plus vraiment identifié au corps, à la forme, à la mémoire. On est simplement l’Esprit, pas « mon » esprit, mais l’Esprit, notre Esprit qui est tout, l’Être. Et cet Esprit anime nos corps, des interfaces organiques qui lui permettent d’expérimenter sa création en fonction de leurs particularités, la mémoire est utilisée quand il y a besoin, mais ce n’est pas « je », la mémoire est simplement comme le disque dur du corps, elle emmagasine tout ce que l’organisme à vécu durant sa vie. Le centre est une limitation entretenue par la pensée, par notre ignorance, et la souffrance ainsi que la plupart les problèmes que nous avons viennent du fait que l’on identifie à cela.

Concrètement, libres du centre, quand le centre s’efface, n’agit plus, le monde reste tel qu’il est, mais une Intelligence totalement différente prend le relais, la conscience est alors totalement différente, lumineuse, vivante, et le monde le devient aussi, comme si une lampe éteinte s’allumait, nous sommes heureux sans raison, l’esprit est frais, présent, sans passé, sans futur, joyeux, et plein d’amour, jouissant de sa propre création, de tout ce qui se passe, sans peur de vivre ni de mourir. Il n’y a jamais rien qui est né ni rien qui est mort, ça aussi c’est une illusion du mental, mais ça fait partie du jeu.

Oui, il est évident que tout cela ne change pas le prix du beurre, mais ça change tout parce que la vie est alors vécue comme une œuvre d’art extraordinaire, miraculeuse, et on ressent dans toutes nos cellules le Mystère et la beauté infinie de sa Création, c’est proprement hallucinant. En cela il n’y a aucun profit matériel mais une absolue extase de l’être dans un monde qui a l’air comme allant de soi pour la plupart mais qui est en fait un miracle absolu, une merveille infinie, à un tel point que je me demande s’il est convenable d’écrire là-dessus tellement que les mots semblent dérisoires.

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