Compassion

Soudainement, sans vouloir,  le « je » se met en suspension, et cette intelligence est là, comme si l’espace que nous percevons d’habitude était rempli d’une présence intense, sacrée, lumineuse, d’une clarté cristalline, chaleureuse, pleine d’amour, totalement attentive, sans jugement, sans condamnation, d’une intensité et d’une douceur incommensurable.

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Il y avait cet homme qui a fait beaucoup de bêtises dans sa vie, abimé par l’alcool, que beaucoup de monde juge, critique pour son comportement, mais à ce moment-là il n’y avait que cette présence, rien d’autre, et un amour tellement profond que j’en ai encore les larmes aux yeux. Cet homme n’avait alors aucune histoire, il y avait juste cette énergie-présence-intelligence infinis qui inondait l’espace de sa bienveillance sans bornes.

Cet amour ne tient pas compte du passé, tout est déjà pardonné, il ne dépend de rien, il est impersonnel, sans aucune restriction, sans conditions, il est pure compassion, il voit totalement l’autre et l’aime avec une fraîcheur éternelle et bienfaisante.

En fait, dans ces moments-là, il n’y a ni autre ni je, ni deux ni un, ni zéro… il n’y a que ce mystère indéfinissable, indescriptible, cette présence-intelligence-amour parfaite et infinie, elle est la Vie elle-même, elle est nous, nous sommes ses mains.

Libres et responsables

L’Esprit Infini dans lequel tout l’Univers est contenu…tout l’Univers est contenu et crée en ce moment à l’intérieur de l’Esprit Infini et Parfait de Dieu.

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La perfection n’engendre que la perfection et tout est parfait tel qu’il est. L’ignorance de cette perfection absolue est due à notre manque de conscience. Notre manque de conscience est lié à notre état énergétique, à notre manque de sensibilité, à notre façon de vivre, à notre état d’être.

Étant nous-mêmes l’Esprit dans sa propre création, et pouvant participer à l’intérieur de notre propre création au travers d’une infinité d’êtres qui ne sont séparés qu’en apparence, si notre création ne nous plait pas, nous avons la possibilité de la changer.

L’Esprit, quant à lui, crée imperturbablement et de la manière la plus parfaite qui soit l’infinité des mondes pour l’infinité des êtres qui peuplent l’Univers, qui ne sont autre que lui-même, puisqu’il n’y a rien d’autre que lui-même.

Lorsque notre conscience-énergie s’élève, que notre cœur est pur, sincère, nous nous synchronisons avec l’Esprit et les trésors infinis de la création se dévoilent à nous, une beauté infinie qui se renouvelle et qui nous émerveille sans cesse. Nous vibrons alors de tout notre être ébahis par l’absolue perfection du chef d’œuvre qu’est la Vie, et aucun effort n’est requis, tout se fait spontanément, sur le moment, avec une énergie lumineuse, légère, sans fatigue, naturellement, par enchantement.

Nous pouvons nous élever et voir l’absolue beauté du monde, ou nous maintenir dans un état de conscience-énergie congestionné dans lequel nous ne voyons que nos propres projections. Nous sommes totalement libres et responsables, libres même d’être stupides, libres de détruire notre environnement, qui n’est autre que nous. Tout ce que nous faisons à notre environnement nous le faisons à nous, l’environnement est nous, tout ce que nous faisons à un autre nous le faisons à nous-mêmes, il n’y a pas de je, il n’y a pas d’autre, aussi farfelu que cela puisse paraitre.

Joie

D’où vient cette merveille ? D’où vient cette joie ? Ce frétillement sans raison ? Comme si notre essence même était non dépendante des hauts et des bas, des circonstances, des êtres ou des choses, des problèmes ou des difficultés qui se présentent. Comme si au fond, malgré et grâce à tout, l’Être était par essence pure joie.

Cette conscience intense, cette clarté, ce bien-être, cette beauté, cet amour désintéressé, cet humour présent dans les situations les plus difficiles, cette faculté à jouer, à être avec les autres, totalement présent et détaché à la fois, souriant intérieurement et sérieux à l’extérieur, comme partageant les problèmes et les soucis de nos semblables avec un détachement lumineux.

Heureux pour rien, heureux pour tout, ou pour des choses toutes simples, comme les couleurs vivantes et vibrantes qui nous explosent au visage, la lumière sur la rue pavée, le visage des gens, le bonheur de vivre, sans raison, ou peut-être parce que la Vie est d’une beauté à couper le souffle et que, fondamentalement, l’Être est pure joie.

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L’homme qui plantait des arbres

Il y a environ une quarantaine d’années, je faisais une longue course à pied, sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.

Cette région est délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la Durance, entre Sisteron et Mirabeau; au nord par le cours supérieur de la Drôme, depuis sa source jusqu’à Die; à l’ouest par les plaines du Comtat Venaissin et les contreforts du Mont-Ventoux. Elle comprend toute la partie nord du département des Basses-Alpes, le sud de la Drôme et une petite enclave du Vaucluse.

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C’était, au moment où j’entrepris ma longue promenade dans ces déserts, des landes nues et monotones, vers 1200 à 1300 mètres d’altitude. Il n’y poussait que des lavandes sauvages.

Je traversais ce pays dans sa plus grande largeur et, après trois jours de marche, je me trouvais dans une désolation sans exemple. Je campais à côté d’un squelette de village abandonné. Je n’avais plus d’eau depuis la veille et il me fallait en trouver. Ces maisons agglomérées, quoique en ruine, comme un vieux nid de guêpes, me firent penser qu’il avait dû y avoir là, dans le temps, une fontaine ou un puits. Il y avait bien une fontaine, mais sèche. Les cinq à six maisons, sans toiture, rongées de vent et de pluie, la petite chapelle au clocher écroulé, étaient rangées comme le sont les maisons et les chapelles dans les villages vivants, mais toute vie avait disparu.

C’était un beau jour de juin avec grand soleil, mais sur ces terres sans abri et hautes dans le ciel, le vent soufflait avec une brutalité insupportable. Ses grondements dans les carcasses des maisons étaient ceux d’un fauve dérangé dans son repas.

Il me fallut lever le camp. A cinq heures de marche de là, je n’avais toujours pas trouvé d’eau et rien ne pouvait me donner l’espoir d’en trouver. C’était partout la même sécheresse, les mêmes herbes ligneuses. Il me sembla apercevoir dans le lointain une petite silhouette noire, debout. Je la pris pour le tronc d’un arbre solitaire. A tout hasard, je me dirigeai vers elle. C’était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui.

Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau – excellente – d’un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.

Cet homme parlait peu. C’est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C’était insolite dans ce pays dépouillé de tout. Il n’habitait pas une cabane mais une vraie maison en pierre où l’on voyait très bien comment son travail personnel avait rapiécé la ruine qu’il avait trouvé là à son arrivée. Son toit était solide et étanche. Le vent qui le frappait faisait sur les tuiles le bruit de la mer sur les plages.

Son ménage était en ordre, sa vaisselle lavée, son parquet balayé, son fusil graissé; sa soupe bouillait sur le feu. Je remarquai alors qu’il était aussi rasé de frais, que tous ses boutons étaient solidement cousus, que ses vêtements étaient reprisés avec le soin minutieux qui rend les reprises invisibles.

Il me fit partager sa soupe et, comme après je lui offrais ma blague à tabac, il me dit qu’il ne fumait pas. Son chien, silencieux comme lui, était bienveillant sans bassesse.

Il avait été entendu tout de suite que je passerais la nuit là; le village le plus proche était encore à plus d’une journée et demie de marche. Et, au surplus, je connaissais parfaitement le caractère des rares villages de cette région. Il y en a quatre ou cinq dispersés loin les uns des autres sur les flans de ces hauteurs, dans les taillis de chênes blancs à la toute extrémité des routes carrossables. Ils sont habités par des bûcherons qui font du charbon de bois. Ce sont des endroits où l’on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce climat qui est d’une rudesse excessive, aussi bien l’été que l’hiver, exaspèrent leur égoïsme en vase clos. L’ambition irraisonnée s’y démesure, dans le désir continu de s’échapper de cet endroit.

Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs camions, puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancoeurs. Il y a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le banc à l’église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de folies, presque toujours meurtrières.

Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l’un après l’autre avec beaucoup d’attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l’aider. Il me dit que c’était son affaire. En effet : voyant le soin qu’il mettait à ce travail, je n’insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s’arrêta et nous allâmes nous coucher.

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La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le trouva tout naturel, ou, plus exactement, il me donna l’impression que rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m’était pas absolument obligatoire, mais j’étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir son troupeau et il le mena à la pâture. Avant de partir, il trempa dans un seau d’eau le petit sac où il avait mis les glands soigneusement choisis et comptés.

Je remarquai qu’en guise de bâton, il emportait une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d’environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l’endroit où je me tenais. J’eus peur qu’il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout : c’était sa route et il m’invita à l’accompagner si je n’avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.

Arrivé à l’endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c’était une terre communale, ou peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s’en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.

Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d’insistance dans mes questions puisqu’il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu’il y a d’impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n’y avait rien auparavant.

C’est à ce moment là que je me souciai de l’âge de cet homme. Il avait visiblement plus de cinquante ans. Cinquante-cinq, me dit-il. Il s’appelait Elzéard Bouffier. Il avait possédé une ferme dans les plaines. Il y avait réalisé sa vie. Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s’était retiré dans la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d’arbres. Il ajouta que, n’ayant pas d’occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses.

Menant moi-même à ce moment-là, malgré mon jeune âge, une vie solitaire, je savais toucher avec délicatesse aux âmes des solitaires. Cependant, je commis une faute. Mon jeune âge, précisément, me forçait à imaginer l’avenir en fonction de moi-même et d’une certaine recherche du bonheur. Je lui dis que, dans trente ans, ces dix mille chênes seraient magnifiques. Il me répondit très simplement que, si Dieu lui prêtait vie, dans trente ans, il en aurait planté tellement d’autres que ces dix mille seraient comme une goutte d’eau dans la mer.

Il étudiait déjà, d’ailleurs, la reproduction des hêtres et il avait près de sa maison une pépinière issue des faînes. Les sujets qu’il avait protégés de ses moutons par une barrière en grillage, étaient de toute beauté. Il pensait également à des bouleaux pour les fonds où, me dit-il, une certaine humidité dormait à quelques mètres de la surface du sol.

Nous nous séparâmes le lendemain.

L’année d’après, il y eut la guerre de 14 dans laquelle je fus engagé pendant cinq ans. Un soldat d’infanterie ne pouvait guère y réfléchir à des arbres. A dire vrai, la chose même n’avait pas marqué en moi : je l’avais considérée comme un dada, une collection de timbres, et oubliée.

Sorti de la guerre, je me trouvais à la tête d’une prime de démobilisation minuscule mais avec le grand désir de respirer un peu d’air pur. C’est sans idée préconçue – sauf celle-là – que je repris le chemin de ces contrées désertes.

Le pays n’avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j’aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m’étais remis à penser à ce berger planteur d’arbres. « Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace ».

J’avais vu mourir trop de monde pendant cinq ans pour ne pas imaginer facilement la mort d’Elzéar Bouffier, d’autant que, lorsqu’on en a vingt, on considère les hommes de cinquante comme des vieillards à qui il ne reste plus qu’à mourir. Il n’était pas mort. Il était même fort vert. Il avait changé de métier. Il ne possédait plus que quatre brebis mais, par contre, une centaine de ruches. Il s’était débarrassé des moutons qui mettaient en péril ses plantations d’arbres. Car, me dit-il (et je le constatais), il ne s’était pas du tout soucié de la guerre. Il avait imperturbablement continué à planter.

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Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J’étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l’âme de cet homme – sans moyens techniques – on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction.

Il avait suivi son idée, et les hêtres qui m’arrivaient aux épaules, répandus à perte de vue, en témoignaient. Les chênes étaient drus et avaient dépassé l’âge où ils étaient à la merci des rongeurs; quant aux desseins de la Providence elle-même, pour détruire l’oeuvre créée, il lui faudrait avoir désormais recours aux cyclones. Il me montra d’admirables bosquets de bouleaux qui dataient de cinq ans, c’est-à-dire de 1915, de l’époque où je combattais à Verdun. Il leur avait fait occuper tous les fonds où il soupçonnait, avec juste raison, qu’il y avait de l’humidité presque à fleur de terre. Ils étaient tendres comme des adolescents et très décidés.

La création avait l’air, d’ailleurs, de s’opérer en chaînes. Il ne s’en souciait pas; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l’eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d’homme, avaient toujours été à sec. C’était la plus formidable opération de réaction qu’il m’ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l’eau, dans des temps très anciens. Certains de ces villages tristes dont j’ai parlé au début de mon récit s’étaient construits sur les emplacements d’anciens villages gallo-romains dont il restait encore des traces, dans lesquelles les archéologues avaient fouillé et ils avaient trouvé des hameçons à des endroits où au vingtième siècle, on était obligé d’avoir recours à des citernes pour avoir un peu d’eau.

Le vent aussi dispersait certaines graines. En même temps que l’eau réapparut réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre.

Mais la transformation s’opérait si lentement qu’elle entrait dans l’habitude sans provoquer d’étonnement. Les chasseurs qui montaient dans les solitudes à la poursuite des lièvres ou des sangliers avaient bien constaté le foisonnement des petits arbres mais ils l’avaient mis sur le compte des malices naturelles de la terre. C’est pourquoi personne ne touchait à l’oeuvre de cet homme. Si on l’avait soupçonné, on l’aurait contrarié. Il était insoupçonnable. Qui aurait pu imaginer, dans les villages et dans les administrations, une telle obstination dans la générosité la plus magnifique ?

A partir de 1920, je ne suis jamais resté plus d’un an sans rendre visite à Elzéard Bouffier. Je ne l’ai jamais vu fléchir ni douter. Et pourtant, Dieu sait si Dieu même y pousse ! Je n’ai pas fait le compte de ses déboires. On imagine bien cependant que, pour une réussite semblable, il a fallu vaincre l’adversité; que, pour assurer la victoire d’une telle passion, il a fallu lutter avec le désespoir. Il avait, pendant un an, planté plus de dix mille érables. Ils moururent tous. L’an d’après, il abandonna les érables pour reprendre les hêtres qui réussirent encore mieux que les chênes.

Pour avoir une idée à peu près exacte de ce caractère exceptionnel, il ne faut pas oublier qu’il s’exerçait dans une solitude totale; si totale que, vers la fin de sa vie, il avait perdu l’habitude de parler. Ou, peut-être, n’en voyait-il pas la nécessité ?

En 1933, il reçut la visite d’un garde forestier éberlué. Ce fonctionnaire lui intima l’ordre de ne pas faire de feu dehors, de peur de mettre en danger la croissance de cette forêt naturelle. C’était la première fois, lui dit cet homme naïf, qu’on voyait une forêt pousser toute seule. A cette époque, il allait planter des hêtres à douze kilomètres de sa maison. Pour s’éviter le trajet d’aller-retour – car il avait alors soixante-quinze ans – il envisageait de construire une cabane de pierre sur les lieux mêmes de ses plantations. Ce qu’il fit l’année d’après.

En 1935, une véritable délégation administrative vint examiner la « forêt naturelle ». Il y avait un grand personnage des Eaux et Forêts, un député, des techniciens. On prononça beaucoup de paroles inutiles. On décida de faire quelque chose et, heureusement, on ne fit rien, sinon la seule chose utile : mettre la forêt sous la sauvegarde de l’Etat et interdire qu’on vienne y charbonner. Car il était impossible de n’être pas subjugué par la beauté de ces jeunes arbres en pleine santé. Et elle exerça son pouvoir de séduction sur le député lui-même.

J’avais un ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui expliquai le mystère. Un jour de la semaine d’après, nous allâmes tous les deux à la recherche d’Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein travail, à vingt kilomètres de l’endroit où avait eu lieu l’inspection.

Ce capitaine forestier n’était pas mon ami pour rien. Il connaissait la valeur des choses. Il sut rester silencieux. J’offris les quelques oeufs que j’avais apportés en présent. Nous partageâmes notre casse-croûte en trois et quelques heures passèrent dans la contemplation muette du paysage.

Le côté d’où nous venions était couvert d’arbres de six à sept mètres de haut. Je me souvenais de l’aspect du pays en 1913 : le désert… Le travail paisible et régulier, l’air vif des hauteurs, la frugalité et surtout la sérénité de l’âme avaient donné à ce vieillard une santé presque solennelle. C’était un athlète de Dieu. Je me demandais combien d’hectares il allait encore couvrir d’arbres.

Avant de partir, mon ami fit simplement une brève suggestion à propos de certaines essences auxquelles le terrain d’ici paraissait devoir convenir. Il n’insista pas. « Pour la bonne raison, me dit-il après, que ce bonhomme en sait plus que moi. » Au bout d’une heure de marche – l’idée ayant fait son chemin en lui – il ajouta : « Il en sait beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d’être heureux ! »

C’est grâce à ce capitaine que, non seulement la forêt, mais le bonheur de cet homme furent protégés. Il fit nommer trois gardes-forestiers pour cette protection et il les terrorisa de telle façon qu’ils restèrent insensibles à tous les pots-de-vin que les bûcherons pouvaient proposer.

L’oeuvre ne courut un risque grave que pendant la guerre de 1939. Les automobiles marchant alors au gazogène, on n’avait jamais assez de bois. On commença à faire des coupes dans les chênes de 1910, mais ces quartiers sont si loin de tous réseaux routiers que l’entreprise se révéla très mauvaise au point de vue financier. On l’abandonna. Le berger n’avait rien vu. Il était à trente kilomètres de là, continuant paisiblement sa besogne, ignorant la guerre de 39 comme il avait ignoré la guerre de 14.

J’ai vu Elzéard Bouffier pour la dernière fois en juin 1945. Il avait alors quatre-vingt-sept ans. J’avais donc repris la route du désert, mais maintenant, malgré le délabrement dans lequel la guerre avait laissé le pays, il y avait un car qui faisait le service entre la vallée de la Durance et la montagne. Je mis sur le compte de ce moyen de transport relativement rapide le fait que je ne reconnaissais plus les lieux de mes dernières promenades. Il me semblait aussi que l’itinéraire me faisait passer par des endroits nouveaux. J’eus besoin d’un nom de village pour conclure que j’étais bien cependant dans cette région jadis en ruine et désolée. Le car me débarqua à Vergons.

En 1913, ce hameau de dix à douze maisons avait trois habitants. Ils étaient sauvages, se détestaient, vivaient de chasse au piège : à peu près dans l’état physique et moral des hommes de la préhistoire. Les orties dévoraient autour d’eux les maisons abandonnées. Leur condition était sans espoir. Il ne s’agissait pour eux que d’attendre la mort : situation qui ne prédispose guère aux vertus.

Tout était changé. L’air lui-même. Au lieu des bourrasques sèches et brutales qui m’accueillaient jadis, soufflait une brise souple chargée d’odeurs. Un bruit semblable à celui de l’eau venait des hauteurs : c’était celui du vent dans les forêts. Enfin, chose plus étonnante, j’entendis le vrai bruit de l’eau coulant dans un bassin. Je vis qu’on avait fait une fontaine, qu’elle était abondante et, ce qui me toucha le plus, on avait planté près d’elle un tilleul qui pouvait déjà avoir dans les quatre ans, déjà gras, symbole incontestable d’une résurrection.

Par ailleurs, Vergons portait les traces d’un travail pour l’entreprise duquel l’espoir était nécessaire. L’espoir était donc revenu. On avait déblayé les ruines, abattu les pans de murs délabrés et reconstruit cinq maisons. Le hameau comptait désormais vingt-huit habitants dont quatre jeunes ménages. Les maisons neuves, crépies de frais, étaient entourées de jardins potagers où poussaient, mélangés mais alignés, les légumes et les fleurs, les choux et les rosiers, les poireaux et les gueules-de-loup, les céleris et les anémones. C’était désormais un endroit où l’on avait envie d’habiter.

A partir de là, je fis mon chemin à pied. La guerre dont nous sortions à peine n’avait pas permis l’épanouissement complet de la vie, mais Lazare était hors du tombeau. Sur les flans abaissés de la montagne, je voyais de petits champs d’orge et de seigle en herbe; au fond des étroites vallées, quelques prairies verdissaient.
Il n’a fallu que les huit ans qui nous séparent de cette époque pour que tout le pays resplendisse de santé et d’aisance. Sur l’emplacement des ruines que j’avais vues en 1913, s’élèvent maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, se sont remises à couler. On en a canalisé les eaux. A côté de chaque ferme, dans des bosquets d’érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population venue des plaines où la terre se vend cher s’est fixée dans le pays, y apportant de la jeunesse, du mouvement, de l’esprit d’aventure. On rencontre dans les chemins des hommes et des femmes bien nourris, des garçons et des filles qui savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes. Si on compte l’ancienne population, méconnaissable depuis qu’elle vit avec douceur et les nouveaux venus, plus de dix mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier.

Quand je réfléchis qu’un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu’il a fallu de constance dans la grandeur d’âme et d’acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette oeuvre digne de Dieu.

Récit de Jean Giono

Océan de Conscience

La vie est un océan infini d’intelligence-conscience-esprit-présence-amour, il n’y a que cela et rien d’autre. Cet océan infini est immergé en lui-même dans une infinité de bulles de conscience. L’océan est nous tous, nous sommes plus que frères et sœurs, nous sommes le même être, la même eau.

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En général on croit être un corps vivant dans un monde matériel, mais c’est une croyance, une illusion. Le corps est conscience, tout ce qui nous entoure, absolument tout, est conscience, la même conscience infinie.

Nous nous leurrons nous-mêmes à cause de la richesse infinie de notre propre création, il y a une infinité de formes différentes auxquelles nous donnons des noms, qu’on définit, qu’on enferme, qu’on emprisonne comme des concepts, on sépare ainsi mentalement les bulles d’eau de l’océan, on voit mais on est aveugles, on ne voit plus l’océan, la Présence qui est tout ce qui est, on est dans l’océan mais on ne voit plus l’eau.

Nous « glissons » ainsi de notre conscience océanique à une conscience plus réduite, dans le trip des bulles d’eau, nous prenant pour ce que nous ne sommes pas, pour tout ce qui est temporaire, qui a un début et une fin, croyant alors que nous sommes nés, que nous allons mourir, que nous sommes notre corps, que nous sommes nos connaissances, nos expériences, que nous évoluons, et tout le cinéma qui va avec.

L’océan est toujours là, présent, il n’y a que de l’eau, sauf que nous sommes dans un trip collectif, ça nous occupe tellement qu’on ne voit plus l’océan, et dans le trip des bulles d’eau certaines se demandent même si l’eau existe ou disent que l’eau n’existe pas, d’autres cherchent l’eau alors qu’il n’y a que de l’eau partout, qu’elles sont elles-mêmes de l’eau. Tout cela crée des tonnes de théories, de livres, de débats, ou de guerres à n’en plus finir, ce n’est que de l’agitation.

La goutte est dans l’océan, l’océan dans la goutte, il n’y a que de l’eau. Le corps est dans la conscience infinie, la conscience infinie dans le corps, il n’y a qu’intelligence-conscience-esprit-présence-amour infinis.

L’Esprit génère le monde et est le monde, disons qu’il est comme un réservoir de créativité inépuisable, et ce que nous percevons n’est que la micro-pointe de l’iceberg sans limites.

C’est comme si les apparences étaient tout le contraire de qui les génère, bien que les apparences et ce qui les génère sont un. L’Esprit a un potentiel infini, il est éternel, ni début ni fin, ni haut ni bas, pas de forme, pas de limites, sans relation et, dans les apparences, dans ce qu’il manifeste, il y a une infinité d’êtres en relation, en interaction, une infinité de formes qui naissent et qui meurent, de l’espace, de la distance, des limites.

On peut dire que l’Esprit projette le film de ce qu’il n’est pas et joue tous les rôles au sein de son propre film. Il est le réalisateur, le metteur en scène, les acteurs, les objets, l’espace, et tout ce qui est. Il est comme la lumière qui projette le film, il est le film et au-delà du film, ce qui est vu à l’écran c’est la même lumière, mais il y a plein de formes, de personnages, d’histoires.

Pour résumer, nous et tout ce qui nous entoure est le même Être, mais les apparences nous donnent l’illusion qu’il y a une infinité d’êtres, de choses différentes, de formes qui apparaissent et disparaissent, vont et viennent, toujours en mouvement.

Notre désarroi vient du fait que nous nous prenons pour des formes temporaires, pour le corps, nous sommes focalisés sur la surface et occultons ainsi notre essence commune, l’eau, le même Être, éternel, source de bonheur absolu, que rien ne peut altérer, changeant continuellement de forme en surface tout en restant inchangé dans son essence parfaite, et créant perpétuellement, avec un amour et un humour sans bornes, une infinité d’aventures au sein de lui-même.

Jeûne sec

Le jeûne sec c’est le fait de s’abstenir de boire et de manger, c’est ce qu’on fait toutes les nuits lorsqu’on dort.

Il y a deux types de jeûne sec, le jeûne sec dans lequel on peut se laver, toucher de l’eau, sans la boire, et le jeûne sec plus dur dans lequel tout contact avec l’eau est proscrit pour augmenter son efficacité. Je privilégie le jeûne sec sans contact avec l’eau, comme quand on dort, cela fait une dizaine d’années que je fais des jeûnes secs, mais rarement, quand ça me prend, comme aujourd’hui.

Tout d’abord, et c’est très important, je ne recommande pas de le faire pendant plus de 24 heures pour commencer, et trois jours maximum, et encore, cela dépend de l’état de la personne. Si on n’est pas habitué à une diète de fruits et légumes, jus, jeûnes à l’eau, c’est mieux d’éviter l’expérience.

Pourquoi le faire ? Parce que c’est le meilleur moyen de mettre l’organisme au repos pour qu’il fasse le ménage de lui-même, encore plus efficace que le jeûne à l’eau. Par exemple, aujourd’hui j’ai beaucoup dormi, comme si le cerveau se remettait en place, je me suis réveillé un peu nerveux, avec une lourdeur sur les tempes et le sommet du crâne, tout en sentant que mon estomac et mes intestins faisaient le ménage aussi, j’ai traversé des moments bizarres, comme des pensées-sensations négatives, une espèce de nuage noir qui stagnait, sensation désagréable pendant quelques heures, rien à faire, juste constater, c’est là, on le sent, ça passe, ça sort, on sent clairement que le jeûne nettoie le physique et le psychique, simplement se reposer, s’isoler pendant ces moments-là,  faire attention à ne pas projeter notre état sur un autre, laisser le poison sortir et se dissoudre dans le néant, les nuages passent et le soleil revient.

Le soleil est revenu après quelques heures, l’énergie a remonté, le mental s’est éclairci, on se sent léger, de bonne humeur, super calme, les sens sont aiguisés, l’attention est accrue, et parfois, intérieurement, on traverse des états de grâce indescriptibles. Mais cela n’est pas dû spécifiquement au jeûne sec, cela peut arriver n’importe quand, même après avoir mangé une pizza et bu un café, ce sont des choses que l’on ne commande pas, qui ne dépendent pas de notre volonté égotique, l’esprit est ouvert et, comme le disait un ami : « la lumière vient quand il faut ».

Le jeûne sec permet à l’organisme-psychisme de se nettoyer, de lui laisser le temps de traiter le superflus, de se purifier, de traiter les déchets, on se sent au final plus calme, plus léger, encore plus en forme, et sans rien faire, encore une fois ! Sans médicaments, sans nourriture, sans eau, sans rien, sans technique… on ne fait rien, et le corps se rééquilibre de lui-même, n’est-ce pas merveilleux ? Nous sommes spectateurs de cette intelligence qui agit en nous sans la moindre intervention de notre part, on se fait chouchouter, comme si un médecin invisible et débordant d’amour travaillait continuellement pour nous remettre en état, la seule chose qu’il nous demande c’est de ne pas le nuire, laisse-moi faire dit-il, confiance mon ami, primum non nocere, comme disait Hippocrate.

Donc oui, je le répète, attention tout de même, d’abord avoir une diète riche en fruits et légumes, privilégier davantage les fruits, être habitué à deux ou trois jours de jeûne à l’eau déjà, ne pas faire cela sinon. Ensuite reprendre avec de l’eau le lendemain, puis des fruits les plus aqueux possible, de préférence. Il faut se préparer également, ne manger que des fruits les jours qui précèdent, ou des jus, personnellement je ne tourne pratiquement qu’aux fruits depuis quelques jours, et dernièrement je n’ai mangé que du raisin muscat, véritable délice, hier que des pruneaux.

Scientifiquement, je ne sais pas, je m’en fous un peu mais pas complètement, je partage ce que je vis, ce que je vois, ce que je sens, et je sens que ça fait vraiment du bien à tous les niveaux. J’ai cependant cherché des informations, et il se trouve qu’en Russie un certain Dr. Sergei Filonov le met en pratique avec des patients et a beaucoup écrit dessus également, j’ai aussi acheté un livre qui s’appelle Quantum Eating dans lequel l’auteure, Tanya Zavasta, a consacré un chapitre et en vante les multiples vertus.

Après environ 36 heures de jeûne sec je me sens très bien physiquement-psychiquement, la langue est blanche, signe de nettoyage profond, l’urine était très chargée, j’ai compté 45 pulsations par minute, perdu environ 2 kilos superflus. Je n’ai même pas envie d’arrêter, mais un jour suffit amplement, je fais maintenant un bain de bouche à l’huile de sésame, puis brossage des dents, raclage de la langue, ensuite un litre d’eau d’environ, doucement, et après une ou deux heures je mangerai le premier fruit, des raisins.

En fonction des personnes, et de leurs activités, se nourrir ensuite de choses de plus en plus lourdes, doucement, modérément, manger de manière la plus simple possible, à sa faim, en évitant les mélanges abusifs, afin de rester léger et avoir une bonne énergie physique-psychique pour faire ce que bon nous semble.

Amour

L’amour est éternellement présent, sous l’agitation, sous les pensées qui tirent les ficelles, sous les opinions, sous les désirs, sous les plaisirs, sous les distractions. Nous sommes ballotés de gauche à droite par la pensée, par les réactions, par des principes, par des idéaux, par des envies, par des passions… tout cela nous occupe, met sans cesse notre esprit en mouvement.

L’amour est indescriptible, cela ne se transmet pas par des mots, ce n’est pas une information, ce n’est pas une idée, ce n’est pas un concept, ce n’est pas un sentiment, ce n’est pas une émotion, c’est un mot utilisé pour décrire un état de conscience très subtil, très doux, d’une intensité infinie, qui illumine toute la création et qui fleurit quand l’esprit est paisible, en paix, l’amour éclot quand il n’y a plus personne, aucun sujet, aucun objet, aucune image, aucun concept, qui éclot quand le monde s’arrête.

Oui, quand il y a amour, il n’y a plus personne, il n’y a plus de moi, il n’y a plus d’autre, il n’y a plus de relation, pas de division, pas deux, il y a juste cet énergie-conscience, lumineuse, chaleureuse, paisible, une énergie-conscience qui est tout ce qui est. Revenir à rien, tout laisser tomber intérieurement, revenir à notre conscience naturelle, une conscience vierge, pure, libre de tout parasitage, de toute projection, regarder une fourmi avec attention, comme un enfant, de ressentir, de se laisser effacer, aspirer, absorber par le présent.

Nous fabriquons nos propres délires et en sommes prisonniers, nous projetons ceci et cela, et ce que nous projetons nous manipule comme des pantins, rien à faire, simplement constater. Rien à faire, simplement constater ce qui se passe, sans aucun effort, juste voir tous les manèges de la pensée, sans aucune réaction, se rendre compte, et de cette constatation émerge un calme profond, un bien-être indescriptible, une attention immense, une énergie merveilleuse, une énergie qui ne demande rien, qui n’attend rien, qui ne juge pas, les choses se font alors parfaitement, comme par magie.

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Notre vie se transforme sans effort, peu importe si on répète les mêmes erreurs encore et encore, on le constate aussi, tôt ou tard l’esprit s’éclaircit, se dépouille, s’apaise, les voiles se déchirent, les choses se règlent d’elles-mêmes, le monde se transforme, tout est lumineux, coloré, vivant, chaleureux, doux,  paisible, tout est amour, l’intensité de la conscience dans ces moments est indescriptible.

L’amour est partout, dans la vie de tous les jours, au sein de nos activités les plus humbles, attacher des lacets, passer l’aspirateur, repriser des chaussettes, préparer à manger, même dans la voiture, en ville, dans les bouchons, vraiment partout.

Rien ne peut nous arriver, rien, toujours tranquille, peu importe ce qui arrive, est arrivé ou arrivera, faire attention à ne pas se laisser embarquer dans le cinéma des causes et des effets, il m’a fait ceci alors cela, et tatati alors tatata, ceci alors cela, sortir de cela, le constater, nous sommes nos propres bourreaux, nous sommes nos propres victimes, c’est tout cela qui cesse quand le manège s’arrête de tourner, il n’y a rien en ce moment dans notre conscience, c’est vide, c’est vierge, c’est pur, immaculé, tout vient de nous, de nos projections, de nos espoirs, de nos déceptions, de nos attentes, de nos frustrations, de nos souvenirs, de notre insatisfaction, de ces fardeaux que nous nous infligeons, des délires infinis de la pensée qui étouffent l’énergie la plus merveilleuse qui soit, rien à faire, simplement le constater.

L’amour fleurit quand les voiles disparaissent, quand le monde s’arrête, c’est une immersion dans le présent, être sensible à la petite fleur, sentir dans tout son être sa fragile et sublime beauté, écouter l’ami qui souffre, sentir sa peine comme si c’était nous, être absolument détendu avec ce qui est, il n’y a alors jamais aucun problème, aucun conflit avec qui ou quoi que ce soit.

L’amour est le trésor ultime, la merveille des merveilles, sans amour la vie est morne et n’a pas de sens.

Pruneaux

Les pruneaux… mûrs ils sont délicieux, sucrés, tout doux, et terriblement efficaces. Mangé une vingtaine, c’est comme une purge à l’amazonienne au niveau intestinal, type liane rouge.

pruneaux

Décidément, je me dis que la Vie enchaîne délice sur délice à longueur d’année pour garder nos intestins en parfait état. Pastèques, raisins, pruneaux… c’est des armes de nettoyage massif !

Moments lumineux

Les moments les plus lumineux de ma vie sont ceux où je me contente de voir le monde apparaître. Ces moments sont faits de solitude et de silence. Je suis allongé sur un lit, assis à un bureau ou marchant dans la rue. Je ne pense plus à hier et demain n’existe pas. Je n’ai plus aucun lien avec personne et personne ne m’est étranger. Cette expérience est simple. Il n’y a pas à la vouloir. Il suffit de l’accueillir, quand elle vient.

Un jour tu t’allonges, tu t’assieds ou tu marches, et tout vient sans peine à ta rencontre, il n’y a plus qu’à choisir, tout ce qui vient porte la marque de l’amour. Peut-être même la solitude et le silence ne sont-ils pas indispensables à la venue de ces instants extrêmement purs. L’amour seul suffirait. Je ne décris là qu’une expérience pauvre que chacun peut connaître, par exemple dans ces moments où, sans penser à rien, oubliant même que l’on existe, on appuie sa joue contre une vitre froide pour regarder tomber la pluie.


Texte anonyme trouvé hier soir chez le dentiste

Peaches & Love

L’année passée ce pêcher n’avait donné aucun fruit, certainement parce qu’on l’avait taillé. Cette année, malgré le retard dû au manque de soleil, c’est l’abondance, sucrée, juteuse, il y a même une branche qui a craqué sous le poids de sa générosité.

pecher

Les passants en redemandent, les enfants en raffolent, et je leur ai suggéré de planter les noyaux pour multiplier les arbres.

Torse au vent, en caleçons, pieds nus sur la pelouse, dégustant en silence ces bombes parfumées qui explosent en bouche. Les caresses du vent, la lumière du soleil qui joue avec les feuilles animées, tout est lumineux, paisible, imprégné d’une douce beauté.

Après l’orgie le corps vibre de plaisir, il n’y a pas de meilleure nourriture, je fais un bisou de gratitude sur l’une des branches et emporte une fourmi sur mes lèvres.