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La création mentale

La Vie est simple si on l’observe en tant que totalité et non de manière fragmentée. Dans sa totalité on voit que ce que l’on appelle l’Univers est une forme en mouvement perpétuel, en constant renouvellement, des formes y apparaissent et disparaissent comme dans l’océan des vagues apparaissent et disparaissent.

On peut mentalement diviser la forme universelle en une infinité de formes auxquelles on donne un nom, comme on peut diviser l’océan en une infinité de gouttes auxquelles on peut également donner des noms.

La forme universelle comprend l’espace, le temps, les galaxies, les étoiles, les trous noirs, les planètes, les continents, les forêts, les volcans, les humains, les pensées, émotions, sentiments, ou encore les escargots. Et on peut  même mentalement diviser l’escargot en une infinité de cellules, nerfs, hormones, bactéries, globules rouges, ou blancs, auxquels nous pouvons également donner des noms.

Imaginons que ce sont nos yeux qui observent cette scène. Le mental peut la diviser en d’innombrables formes séparées les unes des autres auxquelles il donne un nom. Il dira par exemple qu’il y a ici, derrière les yeux, quelqu’un s’appelle Nicolas qui observe là-bas deux femmes. Il dira que l’une d’entre elles s’appelle Jocelyne, l’autre Mireille. Nicolas est secrètement amoureux de Jocelyne, 21 ans, étudiante en arts visuels, catholique et, malheureusement pour Nicolas, elle vit avec un certain Kevin. Kevin est athée, travaille dans la finance, adore le tennis et vote plutôt à droite. Mireille quant à elle est thérapeute, s’intéresse à l’ésotérisme, fait du yoga et joue de la harpe. Le mental ajoutera qu’il y a là également le ciel, des nuages, des montagnes enneigées, un lac, des rivières, des arbres, des pierres, de l’herbe, et ainsi de suite à l’infini.

De cette manière le mental crée des images-concepts de tout ce qui est perçu et divise la totalité en une infinité de parties avec lesquels il joue, il prend cela pour la réalité et y croit fermement jusqu’à partir en guerre pour la défendre. Cette création mentale perpétuelle se surimpose sur la Vie et s’y est même substitué, elle génère une réalité virtuelle, un monde dans le Monde. Les pensées jouent sans cesse avec ces concepts-images-croyances et du même coup participent à les renforcer, nous créons ainsi notre propre conditionnement, nous percevons ce que nous croyons et nous sommes ce que nous croyons être.

Le mental est sans cesse changeant, un coup c’est ci, un coup c’est ça, tout peut basculer en lui en l’espace d’une seconde. Il fabrique continuellement de nouveaux concepts, images, définitions, ou bien met les précédents à jour en fonction des événements passés, présents ou qu’il prévoit dans le futur.

Non seulement nous créons et entretenons mentalement la réalité, nous mettons dans des cages conceptuelles tout ce que nous percevons, mais nous avons aussi crée celui ou celle que nous croyons être. Parfois étouffé par sa propre création, le mental veut sortir de sa propre cage et pour cela il crée une autre cage que l’on appelle généralement la spiritualité avec la cohorte d’anges, de démons, cartes, pratiques, stages, séminaires, psychologues, thérapeutes, gurus ou chamanes.

En étant simplement conscients de ce processus en nous, la création mentale s’effondre et il ne reste plus que l’Esprit dans sa pureté originelle, mystérieux, merveilleux, infini, les formes que nous percevons retrouvent leur unité, leur liberté, leur nature lumineuse, leur essence commune.

Mirroir

C’est incroyable à quel point le monde est un miroir de notre état actuel, de notre esprit. Le monde c’est nous, c’est notre reflet, notre esprit, notre création, et nous vivons dans notre création.

Je ne connais absolument personne, y compris moi-même. Je me crée, je crée les autres, je nous donne un sens, des qualités, des attributs, des limites. Nous devenons alors comme des concepts, des définitions, nous disons que nous nous connaissons. Nous ne connaissons que nos propres projections ou celle des autres. J’ai une image d’un autre, une image de moi-même, pareil pour l’autre, et nous interagissons dans le champ rassurant de ces images.

Pour vivre ensemble nous créons des règles auxquelles nous croyons et obéissons, des règles qui se superposent à la réalité. Ce ne sont que des constructions mentales. Il n’y a rien d’autre que l’Esprit, la vie est un jeu de l’Esprit, et cet Esprit est pure intelligence, amour, joie, humour, paix, il crée ce qui est à chaque instant. Quand j’embrasse « ma » chérie, je m’embrasse moi-même, je ris avec moi-même, nous sommes le même Esprit qui joue à être deux.

C’est trop bien fait, parfait, tellement bien fait qu’il m’arrive de tomber dans le piège, de cristalliser certaines choses, des êtres, de me perdre, de rentrer dans un gros trip qui peut durer de quelques secondes à quelques jours, et je finis par me sentir tellement mal, étouffé, que j’explose et tout se remet en place, c’est de nouveau frais comme au premier jour, ouvert, spacieux, lumineux, clair, léger.

La vie est un mouvement permanent, une création perpétuelle, tout est toujours nouveau, rien ne peut-être figé. Notre esprit coule avec la vie, comme un fleuve. Ce n’est pas grave si on stagne un peu ou si on se perd, tôt ou tard on dansera avec le courant, plus ou moins fluidement, les nuances sont infinies.

Et dès qu’on se dit quelque chose, une tension se met en place et c’est déjà un piège. Si je me dis, par exemple « je dois couler avec la vie », je vais imposer cela à mon esprit, l’imprimer sur mon esprit, en faire comme une règle, suivre un concept, et c’est déjà « faux », on se met des œillères, c’est comme une fermeture, il n’y a pas de méthodes, pas de direction, pas de chemin qui mène à cet instant.

Attention avec les mots, attention avec la pensée, attention, même quand on part dans un trip… quand on se perd on apprend beaucoup aussi, et il faut souvent passer par là pour revenir à rien, à la fraîcheur de l’instant, plus sage que jamais.

Revenir à rien, revenir à l’instant, à la présence, revenir à soi, éveillé, ouvert, avec un esprit réceptif, comme un enfant, c’est tout.