Archives par mot-clé : esprit

Désillusion

Une forme que l’on nomme femme et une autre que l’on nomme homme engendrent une nouvelle forme que l’on nomme bébé, ce bébé avait d’abord l’apparence d’un spermatozoïde puis d’un fœtus avant de sortir de la forme appelée femme.

Le bébé pèse un certain poids, est catégorisé comme mâle ou femelle, puis de telle ou telle religion, de telle ou telle classe sociale, on lui donne un numéro d’identité et sa forme va se transformer avec le temps, de bébé en enfant, puis adolescent, adulte, vieillard, jusqu’à sa dissolution que l’on appelle la mort.

Mais on parle de la naissance et de la mort de qui finalement ?

On croit que quelqu’un est né, on a donné un nom à ce quelqu’un, une identité. Le bébé va grandir, s’imprégner de son environnement, il va absorber des croyances, des avis, un parti politique ou pas, une religion, philosophie, ou pas, il croit ceci ou cela, réagit à ceci ou à cela en fonction de ses expériences et tout cela crée une entité, une personne, un égo.

Chaque personne ainsi mentalement crée se distingue des autres par son apparence, son conditionnement, ses croyances, avis, souvenirs, passions, loisirs, travail, etc. Non seulement une distinction mentale se fait entre ce que l’on croit être « je » et « autre », mais la plupart croient être cette distinction mentale, illusoire.

La grande majorité des êtres humains reste ainsi à la surface des choses, et cette surface changeant perpétuellement est amplement suffisante pour avoir des relations, parler indéfiniment de ci ou de ça, et vivre de l’apparition à la dissolution du corps sans vraiment se poser des questions sur la nature de ce qui est véritablement.

Parmi cette masse certains s’étonnent d’être, souffrent, ou veulent tout simplement comprendre, savoir de quoi il s’agit, qui ils sont véritablement, ils se mettent alors à se poser des questions sur l’origine de la vie ; qu’est-ce que c’est que tout cela, d’où je viens, où vais-je, etc. Cela va créer un chercheur, une quête, la personne va chercher de quoi il s’agit. Ce chercheur va observer et s’observer, faire de la psychologie, commenter, se juger, vouloir s’améliorer, il va lire, étudier, ingérer des plantes, méditer pour trouver la paix ou atteindre ceci ou cela, tout ce qu’il jugera nécessaire pour trouver des réponses à ses questions. Il dira qu’il a appris ceci ou cela, qu’il a amélioré ceci ou cela, qu’il lui reste encore ceci ou cela pour atteindre son objectif, ses croyances vont s’affiner, un jour il a vu ceci ou cela, alors il va croire ceci ou cela, et cette étape de chercheur peut ainsi durer longtemps, sans cesse à la recherche de nouvelles expériences, de nouvelles découvertes, des nouveaux points de vues sur sa vie et ce qu’il vit. Il dira peut-être qu’il y a le Grand Esprit, que l’on est des âmes, qu’il y a des anges, la réincarnation et ceci et cela.

Puis vient la fin de la dualité « chercheur-cherché », la fin de la recherche et du chercheur qui cherchait l’Absolu ailleurs, dans les expériences phénoménales, dans le changeant ou dans les effets spéciaux alors qu’il est notre nature même. Tout s’effondre alors, le chercheur et la quête disparaîssent et on est libres, libres de l’idée de qui nous croyions être, un personnage. Cet idée peut cependant encore avoir une certaine influence pendant un moment, comme un poulet bouge encore après qu’on lui ait coupé la tête, on peut se laisser emporter par des habitudes, des schémas, mais peu à peu tout se dissout, comme un glaçon d’illusions fondant dans l’eau chaude.

Depuis toujours nous étions le pur Esprit-Conscience qui voyait tout cela et qui est tout cela, dans lequel toutes ces histoires ont eu lieu, qui n’est jamais né, qui ne mourra jamais, et nous étions cela même que nous cherchions, sans le savoir, sans le reconnaître, on l’ignorait alors qu’il n’y a finalement rien que cela et qu’il n’y a rien de plus évident.

On croyait être quelqu’un et on s’est libéré de la croyance d’être quelqu’un, nous ne sommes pas quelqu’un qui est né et qui va mourir, nous ne sommes pas des âmes, nous sommes la Vie, éternelle, qui n’est jamais née, qui ne mourra jamais, nous sommes ce Mystère, cet Esprit Infini, Parfait, cette Êtreté-Conscience éternelle, sans laquelle rien n’existerait, débordant d’amour, de joie, d’humour, de sagesse, de paix, telle est notre véritable nature.

Ce qui est

Dans le fou qui parle dans la rue la nuit, dans le tram le matin, dans les abeilles qui butinent les fleurs, dans le ciel, les nuages et les montagnes, dans la lune et dans tes yeux, ce n’est que Dieu que je vois.

Qu’est-ce qu’il y a à dire là ? Puisqu’il n’y a rien, personne, pas d’histoires, pas de problèmes, rien qui se passe, que la pureté et la splendeur infinie de l’Être.

En surface, ça bouge, ça fait ceci ou cela, spontanément, sans quelqu’un qui le fasse, et tu vois tout, émerveillé, il n’y a que béatitude, un silence sacré.

Mais les guerres tu me diras, et toutes les horreurs du monde ? Ce n’est que le mental qui essaie de te ramener à ce qui n’est pas.

1er décembre 2015

S’asseoir sur des pierres lisses au bord du Rhône, écouter l’écoulement de l’eau les yeux fermés en compagnie du soleil qui réchauffe ton visage souriant, l’esprit vide, le cœur heureux. Quelqu’un vient en silence, se pose près de toi, profite également du soleil et s’en va sans ne rien dire.

rhone

Tout est prenant, les lumières et les ombres en mouvement, les ambiances, le son de la veste et le tintement des pièces dans la poche pendant que tu marches, le bruit des voitures qui passent au loin, les gens qui te saluent, les montagnes enneigées, le ciel et les nuages, l’eau scintillante dorée par soleil, l’air frais, le froid, les oiseaux, le silence… tout en est perpétuel mouvement, c’est d’une jouissance infinie.

Mais qu’est ce qui fait qu’on apprécie intensément la vie comme cela ? C’est la qualité d’esprit, la tranquillité, la sensibilité, l’ouverture. La vie est une œuvre d’art et pour l’apprécier il faut l’écouter avec tout notre être, s’en imbiber complètement, y être sensible.

Et les gens sont gentils partout, ils te disent bonjour, te sourient, enlèvent des marrons qui obstruent la route, la gratitude envers le conducteur du bus qui transporte les passagers, l’ombre de ton corps sur le chemin, les feuilles mortes, la richesse infinie des ambiances, et des situations… chaque instant est unique.

La grand-mère qui traverse lentement la route avec son petit-fils plein de vie, l’effervescence dans les grands magasins que tu traverses avec joie, sans aucun but. Un homme te salue, et cela fait au moins quinze ans que tu ne l’as pas vu, il se souvient toujours de ton nom, tu lui tends la main, lui fais un grand sourire, tu es ouvert, calme et tout est beau, paisible.

Le monde est un reflet de ton état d’être. Tout est tellement tranquille, lumineux… et drôle ! Écouter la vendeuse vanter ses produits à une petite vieille, leur conversation… tout est si riche et doux, comment se fait-ce ?

Pas de fuite, pas de réaction, accueillir… les bip-bip aléatoires des marchandises qui passent à la caisse, le roulement des chariots, tout ! Le bruit des sacs plastiques et des cartons, et le coin des femmes, parfums, maquillage… tout une ambiance !

Tu sors, la beauté est la même mais l’atmosphère est totalement différente, le soleil couchant a déjà tout transformé, pourtant rien n’a changé.

Repos

Hier vers 22:00 j’ai naturellement entrepris de faire un jeûne sec, c’est-à-dire que je me suis arrêté de boire, de manger, et d’avoir le moindre contact avec de l’eau. L’organisme se repose ainsi totalement de temps en temps, on sent qu’il se nettoie tout seul, qu’il déplace des choses, les élimine, qu’il fait le ménage.

Ce matin à 11:00 je pesais 72.5 kg, à 13 :00, quinze heures après avoir commencé, ça va très bien, très calme, bonne énergie, pas faim, pas soif. On se sent plus léger, le corps est plus fluide, l’attention est plus présente, les pensées plus rares.

A 16:39 j’ai mesuré 48 pulsations par minute. J’ai écouté de la musique et c’est comme si elle m’absorbait plus que d’habitude, c’est plus prenant, l’esprit est très calme. Le corps travaille au niveau du ventre, des intestins, et les articulations sont vraiment très légères, souples. Tout est plus présent, plus lumineux, plus coloré. Il y a eu des moments où j’ai eu des envies de prendre un bain bien chaud, de boire de l’eau, un jus de carottes, ou encore de manger du melon, ces envies sont passées. Une présence intensément douce s’est installée, les couleurs sont vibrantes, brillantes, lumineuses, l’automne est magnifique, le coucher du soleil, le ciel bleu, les nuages violets, la lune presque pleine, les corbeaux qui volent de ci de là…

A 18:00, après vingt heures de repos, sans boire ni manger, l’énergie se réveille naturellement, sans effort, le corps est joyeux, bouge de lui-même, s’étire, danse, fait du trampoline, des pompes, avec beaucoup plus d’aisance que d’habitude.

Aujourd’hui, le 26.10.2015 à 6:30, je pesais 71.3 kg et mon pouls était de 55 pulsations minutes. J’ai été au toilettes, l’urine était foncée et les selles bien moulées. J’ai recommencé à boire de l’eau après 36 heures environ, je vais boire tranquillement environ un litre d’eau ou plus, et plus tard je mangerai un peu de melon et ce sera tout, il faut reprendre doucement, ça fait du bien. Après avoir amoureusement mangé un melon j’ai été trois fois aux toilettes pour évacuer, en l’espace d’une ou deux heures environ, on se sent super bien, l’esprit calme, clair, léger, plein d’énergie, les couleurs sont claires, lumineuses… c’est comme une purge à l’amazonienne mais sans rien.

Les jours suivants, en continuant une diète basée essentiellement sur les fruits et des salades / légumes de temps en temps, en ne rien mangeant du soir jusqu’au lendemain midi, l’énergie à décuplé, c’est incroyable comme le corps a besoin de peu pour fonctionner parfaitement.

Que reste-t-il ?

Que reste-t-il de toutes nos histoires ? Rien. On revient toujours à rien, sans désir, sans attachement, sans passé, sans futur, il reste cette présence lumineuse, rayonnante, joyeuse sans raison.

Des souvenirs qui ne sont plus, des mirages qui sont apparus et qui se sont évanouis. La pensée perpétue nos histoires, leur donne une continuité, les ravive sans cesse, les entretient.

Intérieurement et extérieurement tout change constamment, tout est en mouvement, sauf l’esprit, après tout il n’y a que l’esprit, il ne reste que l’esprit et on revient toujours à l’esprit, à cette présence radieuse, il n’y a rien d’autre que cela.

goutte_fond_vert

Les histoires s’évanouissent, nos créations mentales s’écroulent, mais on en crée toujours de nouvelles pour se distraire de cette présence, va savoir pourquoi, faut croire qu’on aime ça quelque part, on aime se perdre et se retrouver peut-être, s’agiter pour du vent… mais on revient toujours à rien, au présent, à la présence pure, lumineuse, pleine de clarté, d’énergie, d’amour, de vie.

Peu importe ce qui arrive, tout est toujours neuf, tout est toujours frais, tout est toujours pur, il ne reste que le sourire intérieur, la joie d’être, l’amour et la plénitude de l’esprit.

Libres et responsables

L’Esprit Infini dans lequel tout l’Univers est contenu…tout l’Univers est contenu et crée en ce moment à l’intérieur de l’Esprit Infini et Parfait de Dieu.

galaxie

La perfection n’engendre que la perfection et tout est parfait tel qu’il est. L’ignorance de cette perfection absolue est due à notre manque de conscience. Notre manque de conscience est lié à notre état énergétique, à notre manque de sensibilité, à notre façon de vivre, à notre état d’être.

Étant nous-mêmes l’Esprit dans sa propre création, et pouvant participer à l’intérieur de notre propre création au travers d’une infinité d’êtres qui ne sont séparés qu’en apparence, si notre création ne nous plait pas, nous avons la possibilité de la changer.

L’Esprit, quant à lui, crée imperturbablement et de la manière la plus parfaite qui soit l’infinité des mondes pour l’infinité des êtres qui peuplent l’Univers, qui ne sont autre que lui-même, puisqu’il n’y a rien d’autre que lui-même.

Lorsque notre conscience-énergie s’élève, que notre cœur est pur, sincère, nous nous synchronisons avec l’Esprit et les trésors infinis de la création se dévoilent à nous, une beauté infinie qui se renouvelle et qui nous émerveille sans cesse. Nous vibrons alors de tout notre être ébahis par l’absolue perfection du chef d’œuvre qu’est la Vie, et aucun effort n’est requis, tout se fait spontanément, sur le moment, avec une énergie lumineuse, légère, sans fatigue, naturellement, par enchantement.

Nous pouvons nous élever et voir l’absolue beauté du monde, ou nous maintenir dans un état de conscience-énergie congestionné dans lequel nous ne voyons que nos propres projections. Nous sommes totalement libres et responsables, libres même d’être stupides, libres de détruire notre environnement, qui n’est autre que nous. Tout ce que nous faisons à notre environnement nous le faisons à nous, l’environnement est nous, tout ce que nous faisons à un autre nous le faisons à nous-mêmes, il n’y a pas de je, il n’y a pas d’autre, aussi farfelu que cela puisse paraitre.

Océan de Conscience

La vie est un océan infini d’intelligence-conscience-esprit-présence-amour, il n’y a que cela et rien d’autre. Cet océan infini est immergé en lui-même dans une infinité de bulles de conscience. L’océan est nous tous, nous sommes plus que frères et sœurs, nous sommes le même être, la même eau.

ocean-eau-gouttes

En général on croit être un corps vivant dans un monde matériel, mais c’est une croyance, une illusion. Le corps est conscience, tout ce qui nous entoure, absolument tout, est conscience, la même conscience infinie.

Nous nous leurrons nous-mêmes à cause de la richesse infinie de notre propre création, il y a une infinité de formes différentes auxquelles nous donnons des noms, qu’on définit, qu’on enferme, qu’on emprisonne comme des concepts, on sépare ainsi mentalement les bulles d’eau de l’océan, on voit mais on est aveugles, on ne voit plus l’océan, la Présence qui est tout ce qui est, on est dans l’océan mais on ne voit plus l’eau.

Nous « glissons » ainsi de notre conscience océanique à une conscience plus réduite, dans le trip des bulles d’eau, nous prenant pour ce que nous ne sommes pas, pour tout ce qui est temporaire, qui a un début et une fin, croyant alors que nous sommes nés, que nous allons mourir, que nous sommes notre corps, que nous sommes nos connaissances, nos expériences, que nous évoluons, et tout le cinéma qui va avec.

L’océan est toujours là, présent, il n’y a que de l’eau, sauf que nous sommes dans un trip collectif, ça nous occupe tellement qu’on ne voit plus l’océan, et dans le trip des bulles d’eau certaines se demandent même si l’eau existe ou disent que l’eau n’existe pas, d’autres cherchent l’eau alors qu’il n’y a que de l’eau partout, qu’elles sont elles-mêmes de l’eau. Tout cela crée des tonnes de théories, de livres, de débats, ou de guerres à n’en plus finir, ce n’est que de l’agitation.

La goutte est dans l’océan, l’océan dans la goutte, il n’y a que de l’eau. Le corps est dans la conscience infinie, la conscience infinie dans le corps, il n’y a qu’intelligence-conscience-esprit-présence-amour infinis.

L’Esprit génère le monde et est le monde, disons qu’il est comme un réservoir de créativité inépuisable, et ce que nous percevons n’est que la micro-pointe de l’iceberg sans limites.

C’est comme si les apparences étaient tout le contraire de qui les génère, bien que les apparences et ce qui les génère sont un. L’Esprit a un potentiel infini, il est éternel, ni début ni fin, ni haut ni bas, pas de forme, pas de limites, sans relation et, dans les apparences, dans ce qu’il manifeste, il y a une infinité d’êtres en relation, en interaction, une infinité de formes qui naissent et qui meurent, de l’espace, de la distance, des limites.

On peut dire que l’Esprit projette le film de ce qu’il n’est pas et joue tous les rôles au sein de son propre film. Il est le réalisateur, le metteur en scène, les acteurs, les objets, l’espace, et tout ce qui est. Il est comme la lumière qui projette le film, il est le film et au-delà du film, ce qui est vu à l’écran c’est la même lumière, mais il y a plein de formes, de personnages, d’histoires.

Pour résumer, nous et tout ce qui nous entoure est le même Être, mais les apparences nous donnent l’illusion qu’il y a une infinité d’êtres, de choses différentes, de formes qui apparaissent et disparaissent, vont et viennent, toujours en mouvement.

Notre désarroi vient du fait que nous nous prenons pour des formes temporaires, pour le corps, nous sommes focalisés sur la surface et occultons ainsi notre essence commune, l’eau, le même Être, éternel, source de bonheur absolu, que rien ne peut altérer, changeant continuellement de forme en surface tout en restant inchangé dans son essence parfaite, et créant perpétuellement, avec un amour et un humour sans bornes, une infinité d’aventures au sein de lui-même.

Beauté

Hier j’ai été aux Médiévales d’Andilly avec des amis, avant cela j’ai pris environ deux bonnes cuillères à café de Saint Pierre, il s’est installé doucement, était présent bien que discret, comme un doux effet de rêve coloré, plein de douceur.

A un moment, j’étais dans un état de vide et de silence, contemplatif, comme dans l’incapacité d’agir, tout mon être était absorbé et enchanté par le spectacle des enfants jouant devant mes yeux, tenant dans chaque main comme une corde attaché à une boule, à laquelle étaient attaché des filaments de tissu colorés, les enfants les faisaient tourner, un son ressemblant vaguement à celui d’une shacapa, une paix absolue, c’était si beau, le monde s’était arrêté, il n’y avait plus que ce spectacle divin qui s’offrait à mes yeux. Pure beauté !

enfant_jouant

Puis je tourne la tête paisiblement et une femme descend le chemin de terre, me regardant lentement avec une telle douceur, comme un ange apparu par enchantement, je la regarde tranquillement, innocemment, elle me souri et me dit bonjour avec ses yeux lumineux, je lui réponds bonjour, puis nos regardent se lâchent et elle disparait… que de beauté et de pureté, un instant de communion qui m’a enchanté le coeur !

Lors des spectacles auxquels nous avons ensuite assisté, je voyais l’Esprit qui était tous les êtres, aucun n’était plus important que l’autre, chacun avait sa place et était une manifestation divine. Tous les êtres partageaient la même luminosité, chacun était lumineux et la totalité était lumineuse, ensemble ils célébraient, pour la beauté de la célébration, le public était aussi important que les animateurs, la beauté était aussi bien dans l’ensemble que dans le particulier, le particulier participant à l’ensemble et l’ensemble au particulier, un pour tous et tous pour un, je voyais le piège que pouvait être l’attachement aux formes.

Les enfants m’ont spécialement touché par leur beauté, leur pureté, leur innocence ainsi que leur spontanéité. Il y avait une petite tellement adorable, elle n’arrivait pas encore à marcher, mais qui était si lumineuse, si belle, fragile et innocente, j’avais le cœur attendri, foudroyé par autant de beauté, comme si sa fragilité infinie était en même temps la chose la plus puissante de l’Univers, j’étais terrassé, à genoux devant autant de grâce.

lama

Cette beauté sublime s’offre à nous quand on ne la cherche pas, elle se manifeste par des enfants qui jouent, un bonjour paisible et souriant, ou une amie qui nous offre des cerises avec gentillesse au moment même où je ressentais le besoin de me nourrir, il y a tellement de beauté là-dedans, de magie, d’amour, de fragilité, de douceur, c’est inconcevable, à se tirer des balles tellement c’est énorme !

Ce qui entrave cette beauté, c’est l’impatience, l’agitation, les pensées, les désirs, le fait de ne pas être présent, l’avidité, la jalousie, la possession, cette entité en nous, ce « moi » et ses mouvements, après, avant, à gauche, à droite, et ci, et ça, et moi, mien, et blablabli, et blablabla.

Nous sommes des êtres lumineux, nous sommes des êtres bons, heureux, joyeux… c’est notre état naturel, nous sommes des manifestations divines, aucun mot ne convient à décrire les merveilles que nous sommes tous, aucun, nous n’avons rien à faire, il s’agit plutôt de lâcher ce « moi » en nous qui n’est qu’un pantin programmé, une création artificielle et fade qui se surimpose à notre véritable nature qui est d’une beauté infinie.

Merci notre Dieu, merci de tout notre cœur. Si seulement les hommes pouvaient percevoir ne serait-ce qu’un instant ta beauté infinie, le soin infini que tu mets dans cette création, avec quelle perfection hallucinante tu crées tout ça, quel amour, quelle classe, quelle délicatesse, nous serions tous à terre en train de pleurer de gratitude et à nous faire des hug les uns les autres. Merci de ta patience infinie, merci de nos permettre d’être les imbéciles que nous sommes, merci de nous épanouir, merci pour la Vie, merci de nous aimer et de nous soutenir tous à chaque instant, qui que nous soyons, quoi que nous ayons fait, bien que tu sois nous et qu’il n’y a que toi qui es.

Allez, il est temps d’aller déguster un Durian, encore une merveille de l’Esprit, de notre Mère la Terre, je pourrais m’extasier toute l’éternité devant cette beauté infinie ! Merci de nous chérir, tout nous est donné, tout, gratuitement, purée… c’est trop la classe absolue !

Se torturer l’esprit

Qui se torture l’esprit pour sublimer sa conduite, s’écarte du monde et a des habitudes excentriques, se fait une haute opinion de lui-même et dénigre les autres, celui-là n’a que de l’orgueil. Il n’est qu’ermite des monts et des vallées, homme qui condamne le monde. Tel est l’idéal de ceux qui aspirent à se dessécher par ascèse et à se jeter dans le gouffre.

Qui discourt sur la bonté et la justice, la fidélité et la bonne foi, la politesse et la frugalité, l’effacement et le renoncement, celui-là ne recherche que la perfection morale. Tel est l’idéal de ceux qui veulent assurer la paix du monde et améliorer les hommes en leur faisant la leçon soit en voyageant, soit en lieu fixe.

Qui se propose une haute entreprise pour acquérir un grand nom, fixe les rites entre les souverains et ses sujets, normalise les rapports entre les supérieurs et leurs subordonnés, celui-là ne veut que gouverner les hommes. Tel est l’idéal des gens de cour, qui veulent honorer l’autorité de leur prince et renforcer leur principauté, accomplir des exploits et annexer les autres pays au leur.

Qui hante les étangs ou les lacs et se plaît dans la solitude en recherchant un coin tranquille pour pêcher à la ligne, celui-là n’a pour objet que de ne rien faire. Tel est l’idéal des gens des fleuves et de la mer, qui fuient le monde et trouvent leur bonheur dans l’oisiveté.

Qui expire et aspire en soufflant fort et en soufflant faible, qui crache l’air vicié et absorbe l’air frais, qui se suspend comme l’ours et s’étire comme l’oiseau, celui-là ne recherche que la longévité. Tel est l’idéal de ceux qui veulent nourrir leur corps en l’étendant et le contractant. P’eng-tsou en fournit le meilleur exemple.

Qui a une conduite sublime sans se torturer l’esprit, qui se perfectionne sans s’attacher à la bonté et à la justice, qui se tient dans l’oisiveté sans vivre au bord des fleuves et de la mer, qui atteint un grand âge sans étendre et contracter son corps, celui-là oublie tout et possède tout. Il est paisible et immense. Il réunit en lui toutes les perfections du monde. C’est en lui que réside la voie de l’univers et la vertu du saint.

Il est dit « Le détachement, le silence, le vide et le non-agir constituent l’équilibre de l’univers et la substance de la vertu. » Il est dit « Le saint se tient en repos. Le repos lui assure l’équilibre et l’aisance qui lui assurent l’indifférence, écartent de lui les soucis, les malheurs et les influences néfastes. Il conserve l’intégrité de sa vertu et de son esprit. »

Il est dit « Le saint vit selon l’action du ciel, sa mort n’est qu’une métamorphose. Son immobilité participe à l’Obscurité, son mouvement à la Lumière. Il ne se crée ni bonheur ni malheur. Il ne fait que réagir au stimulus et ne se meut que sous la pression; il ne se lève que lorsqu’il ne peut faire autrement; rejetant toute intelligence et toute intentionnalité, il se conforme à la raison naturelle. Ainsi, il ne subit ni calamité naturelle, ni entrave matérielle, ni critique des hommes, ni reproches des morts. Il vit comme l’on flotte; sa mort est pareille au repos; il ne pense ni ne réfléchit; il n’élabore aucun projet; il rayonne sans éblouir; il tient parole sans prendre d’engagement; son sommeil est sans rêves, son réveil sans souci; son esprit est pur, son âme est inlassable. Par son vide et par sa sérénité, il rejoint la vertu du ciel. »

Il est dit : « Le chagrin et le plaisir écartent de la vertu, la joie et la colère écartent du Tao; l’amour et la haine sont des égarements de la vertu. Qui n’a ni chagrin ni plaisir atteint à la vertu suprême; rester soi-même sans jamais se modifier conduit au calme suprême; ne s’opposer à personne, c’est le vide suprême, n’avoir aucun commerce avec les choses, voilà le détachement suprême; ne résister à rien, voilà la pureté suprême. »

Il est dit : « Quiconque travaille corporellement sans se reposer finit par s’user; quiconque use de son esprit sans arrêt le fatigue et l’épuise. L’eau qui n’est mélangée à rien est par nature transparente, sa surface est unie quand elle est au repos, mais lorsqu’elle est stagnante, elle perd sa transparence. Elle est l’image de la vertu du ciel. » Il est dit « Rester pur, sans mélange, être calme et un sans se modifier, se désintéresser des choses et ne pas agir, régler son activité sur le mouvement du ciel, tel est l’art de nourrir l’esprit. »

Quiconque possède quelques célèbres épées que l’on fabrique à Kan et à Yue les garde dans leurs fourreaux. Il n’ose pas s’en servir tant elles sont précieuses! Or, l’esprit humain va dans les quatre directions et s’étend à tout. Il n’est aucun endroit qu’il ne puisse atteindre. En haut, il atteint le ciel; en bas, il encercle la terre. Il transforme et nourrit tous les êtres et l’on ne peut lui donner de forme imaginable. Son nom est « identique au Souverain » La pureté et la simplicité maintiennent l’esprit dans son état originel. Qui peut le garder ainsi en préserve l’intégrité; celle-ci se faisant plus profonde et plus étendue, il s’identifie à l’ordre du ciel.

Un proverbe dit : « L’homme du commun prise la richesse; le lettré puritain préfère la renommée; le sage tend vers son idéal; le saint attache du prix à sa vitalité. » La simplicité est ce qui exclut tout mélange, la pureté est ce qui ne gâte pas l’âme. Qui possède en soi la pureté et la simplicité est un homme véritable.

Extrait de : « Philosophes Taoïstes » (Bibliothèque de la Pléiade).

Traduit du chinois par Liou Kia-hway.

Tchouang-Tseu, L’Oeuvre complète, XV

L’esprit et la pensée

Hier soir, après le travail, j’ai été me promener sans but au bord du lac. J’étais bien, léger, heureux, tout était beau, paisible, lumineux, les gens me regardaient avec le sourire et j’ai croisé un ami qui courait.

J’ai ensuite emprunté des chemins au hasard, marché sans arrêt, puis pris un bus spontanément sans connaitre sa destination, et je me suis retrouvé à la maison à la nuit tombée.

Lorsque je marchais, j’écoutais un livre audio de Jiddu Krishnamurti qui s’intitule L’esprit et la pensée. Le premier chapitre m’a particulièrement fait vibrer à l’unisson, c’est exactement ce que je vivais pendant l’écoute, le voici:

La pensée n’est jamais neuve ; la relation, elle, est toujours inédite ; or c’est en s’appuyant sur le passé que la pensée aborde la relation, qui est l’expression même de la vie, du réel, du neuf. Autrement dit, la pensée veut comprendre la relation à la lumière de souvenirs, de schémas, d’un conditionnement issus du passé – d’où le conflit. Pour pouvoir comprendre la relation, nous devons d’abord comprendre tout l’arrière-plan dont hérite le penseur, c’est-à-dire être capables de voir les choses telles qu’elles sont, sans les interpréter en fonction de nos souvenirs, de nos idées préconçues, qui sont le résultat du conditionnement passé.

L’activité de la pensée est donc l’écho de cet arrière-plan du passé, des expériences accumulées au fil du temps ; c’est la réponse émanant de la mémoire à différents niveaux – celui de la personne et de la collectivité, celui de l’individu et de l’espèce, celui du conscient et de l’inconscient. Le processus de pensée englobe tout cela. Notre pensée ne peut donc jamais être inédite. Il ne peut y avoir d’idée « neuve », car notre pensée est inapte au renouveau, incapable de fraîcheur: l’écho du passé – le poids du conditionnement, des traditions, des expériences, de tout le capital collectif et individuel que nous avons accumulé – est toujours présent. Lorsqu’on a recours à la pensée comme moyen de découvrir l’inédit, on constate aussitôt la futilité totale de cette démarche. La pensée ne peut découvrir rien d’autre que ses propres projections – et jamais rien de neuf. Elle ne peut identifier que ce qu’elle connaît déjà – pas ce qui sort du cadre de son expérience.

Ces propos n’ont rien de compliqué ni d’abstrait et ne relèvent pas de la métaphysique. Si vous observez les choses de plus près, vous constaterez ceci: tant que l’expérience est vécue par le « je » – qui est l’entité formée de tous ces souvenirs – la découverte de l’inédit est absolument impossible. La pensée, c’est-à-dire le « je », ne pourra jamais faire l’expérience directe de Dieu, car Dieu, ou le réel, c’est l’inconnu, l’inimaginable, l’informulé: il n’a ni nom ni étiquette. Le mot Dieu n’est pas Dieu. La pensée ne peut en aucun cas appréhender l’inédit, l’inconnaissable, elle peut uniquement avoir l’expérience du connu ; elle ne peut fonctionner que dans le champ du connu – et pas au-delà. Dès que la pensée songe à l’inconnu, notre esprit s’agite: il voudrait faire entrer l’inconnu dans la sphère du connu. Mais l’inconnu ne peut en aucun cas entrer dans la sphère du connu, d’où ce conflit entre le connu et l’inconnu.

Seattle, le 23 juillet 1950