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Jeu

Il y a des vécus qui viennent comme ça et qui nous font vibrer pendant un instant. En me promenant, je voyais que nous sommes tous un, tous la même énergie, la vie jouant à être plusieurs. Mais ce n’était pas une théorie, c’était vraiment vécu, énergétiquement, comme une prise de conscience soudaine, spontanée, tout était super lumineux et léger, joyeux, d’un calme absolu.

Pendant un moment, qui peut durer de quelques secondes à quelques heures, la conscience s’élargit à un point que notre personne n’existe plus. Nous ne sommes alors qu’une espèce d’interface pour l’esprit, le corps est simplement un instrument, notre petite histoire personnelle, notre futur ont peu d’importance, ils ont été complètement dissous dans la joie d’être. Tout se fait alors spontanément, fluidement, tout semble se présenter devant nous comme par magie, comme si tout avait été calculé avec un amour infini spécialement pour nous. Le corps est tellement léger qu’on a l’impression qu’il n’existe plus, et notre conscience semble inclure tout ce qui est perçu, comme si elle avait décroché du corps.

Nous avons l’impression que nous sommes petits comparés à l’Univers, que nous ne sommes que des grains de poussière dans l’infinité, mais c’est une illusion. En fait nous sommes tous l’Infini, et tout ce qui vit est Infini, que ce soit une fourmi, une galaxie ou un brin d’herbe. Notre conscience est simplement condensée et limitée en fonction du corps que l’Esprit emprunte pour expérimenter la Création. L’Esprit se limite dans un corps et vit ses aventures d’être humain, de castor, d’ange, de planète, ou de dauphin. En se limitant, il connait ainsi la multiplicité, le temps, l’espace, le haut, le bas, la naissance, la mort, la matérialité, une infinité de modes de perception en fonction du corps incarné… c’est d’une richesse infinie.

La conscience peut passer d’un mode élargi, où tout n’est qu’un jeu génial de l’Esprit, à un mode réduit, où nous sommes notre histoire, notre passé, nos pensées, notre corps. Tout dépend de l’intensité énergétique du moment, de la pureté de l’attention et de l’intention.

Ce week-end j’ai été au salon du livre, en sortant il y avait des pensées, je suis conscient qu’elles défilent sans m’y identifier et elles s’atténuent peu à peu, de plus en plus. Le calme s’installe progressivement, on respire différemment, profondément, tout devient plus présent, c’est à dire qu’il n’y a plus rien d’autre que l’instant, on s’en fout d’aller au salon du livre ou pas finalement, d’être dans le tram, dans le train, de faire quelque chose ou pas. Ce qui compte c’est le présent, ce qui se passe, l’attention, le cœur, la joie, l’ouverture, les sons, les odeurs, les attitudes des gens, tout ce qui a lieu dans l’instant, on perçoit tout sans aucune réaction, sans aucun jugement, on observe avec une attention totale. Doucement, je me suis retrouvé au salon du livre mais je n’avais plus l’impression d’exister en tant que personne, comme si la conscience n’était plus du tout dans le corps mais englobait tout le salon, j’étais devenu le salon du livre, ce personnage que j’incarne, ce rôle que j’aime jouer, ce « jeu » était presque complètement effacé, il n’y avait plus personne.

Voilà, je vais continuer à jouer ce « jeu », à traverser toutes sortes d’activités, d’évènements d’émotions, de sensations, de pensées, de trips, de relations, d’histoires, d’extases, de drames, de colère, d’énervement, de fatigue, rires. Tout ça est une pure bénédiction, jusqu’au moindre pet de mouche ! Des fois on l’oublie simplement, nous nous perdons à jouer nos rôles, nous oublions que nous jouons, que nous obéissons à nos propres règles, c’est que c’est tellement bien fait… truc de oufs ! 🙂

Rien ne peut nous arriver, vraiment, cette vie est une expérience fabuleuse, le meilleur des films, mis en scène par un Mystérieux Artiste au talent Infini qui déverse continuellement son Amour dans sa propre Création qui n’est autre que lui-même jouissant de l’infinité de son potentiel.

L’empereur jaune et le vieux sage

L’empereur jaune se rendit sur une montagne où vivait un vieux sage et le pria de l’initier à l’art de bien gouverner.

  • Maître, vous qui avez accompli le Tao, indiquez-moi comment utiliser l’essence du Ciel et de la Terre.

Le vieux sage répondit :

  • Depuis que vous gouvernez les pluies s’abattent sans nuages, les feuilles s’étiolent sans jaunir, la lumière du soleil et de la lune s’amenuisent, je ne puis vous parler du Tao.

L’empereur jaune se retira dans une cabane de jonc, y vécut trois mois dans le dénuement, puis revint interroger le vieux sage.

  • Maître, vous qui détenez la Voie suprême, j’aimerais être initié à l’art de gouverner mon corps afin de vivre éternellement.

Le vieux sage lui dit :

  • Sois calme, sois pur, n’accable pas ton corps, n’agite pas tes essences séminales et tu auras longue vie. Sois aveugle, sois sourd, laisse ton mental dans l’ignorance, alors, ton esprit veillera sur ton corps qui vivra éternellement. J’ai mille deux cents ans et ne suis pas décrépi.

L’empereur jaune s’inclina :

  • Maître, vous êtes le Ciel même.

Le vieux sage ajouta :

  • Le Tao est infini, or les hommes croient qu’il a une limite, le Tao est insondable, or les hommes croient qu’il a un fond.

Mystère

Je n’existe pas vraiment, j’ai le sentiment d’exister mais fondamentalement il n’y a pas d’individus, il n’y a personne. A la base il y a un espace infini, comme un point qui est « Rien » et « Infini » simultanément, qu’on ne peut mesurer, sans limites. Je dirais que la « substance » de la vie est Esprit, Intelligence, Amour, Joie, Énergie, Paix, Perfection, création perpétuelle, potentiel créatif Infini, tout cela mixé en un, si j’ose dire.  J’insiste sur le mot « infini », parce que c’est d’une intensité impensable, à tomber en extase, à pleurer de joie, qui va bien au-delà de notre vocabulaire, de notre cerveau, c’est inimaginable à quel point la Vie est extraordinaire, parfaite. Imaginez le monde le plus parfait que vous puissiez imaginer, et multipliez cette perfection à l’Infini, c’est ça la Vie.

espace

Alors, qu’est-ce que la Vie ? Qu’est-ce que ça fait là? Comment ça se fait que ça existe? Comment est-ce possible? Je n’en sais strictement rien, je n’y comprends rien, mais alors rien du tout, et le fait de ne pas le savoir est une source infinie d’étonnement, d’émerveillement.

Je parlais de potentiel créatif infini, de création perpétuelle. Oui, c’est comme un artiste dont on ne voit pas le pinceau, un tableau qui se crée devant nous et en nous, constamment, comme par magie, sans que nous voyons le peintre, c’est ça Dieu, c’est l’artiste « invisible ». Dieu est la vie, le créateur et sa création. Nous sommes la vie, nous sommes Dieu dans sa création et nous pouvons également créer dans la création, la vie est comme un terrain de jeu avec une infinité de possibilités que l’Artiste vit en jouant à être plusieurs, nous sommes totalement libres et responsables de nos actes. Je dois encore avoir les notes que j’avais écrites suite à cette vision, je vais essayer de les retrouver.

En fait, l’Artiste n’est pas du tout invisible, il est tout ce qui est, absolument tout. Dans nos états de conscience standards, figés, congestionnés, formatés, sclérosés, nous ne le percevons pas, nous vivons pour la plupart dans un monde d’objets, de matière, il y a les autres et moi flottant sur un caillou dans l’espace où la vie est apparue par hasard suite à une explosion, rires, mais uniquement sur ce caillou, nulle part ailleurs dans l’infini, ou peut-être mais on ne l’a pas encore découvert, et puis on va mourir alors on s’en fout, après moi le déluge. C’est un peu la pensée dominante, le non sens de cette époque.

C’est simple, par exemple, je viens d’aller pisser; Dieu est « je », la pisse, les toilettes, le papier cul, la pièce, l’odeur, les sons que j’entends, la chaise sur  laquelle je suis assis en ce moment pour taper ce texte, l’écran, les cellules dans mon corps, l’air que je respire, le tram qui passe, les gens dans la rue, mon patron, ma famille, mes amis, le soleil, le ciel, les pigeons qui volent, le mégot de cigarette par terre, tout est Dieu, tout est l’Artiste, absolument tout. Cette Présence qui est tout peut se révéler à nous n’importe quand, il n’y a rien à chercher, en cherchant on finit par découvrir qu’il n’y a rien à chercher, que tout est là où nous sommes, en ce moment. Dieu, l’infini, l’artiste, l’amour est ici et maintenant, toujours. La création est ici et maintenant, toujours, c’est maintenant que ça se crée, que la magie a lieu, la création est mouvement, tout change constamment, maintenant. Les formes changent, les apparences, les corps, mais pas l’Artiste qui est pure perfection Infinie.

Maintenant observez votre respiration, votre cœur qui bat, les milliards de cellules qui vivent en vous, regardez les objets et les êtres qui vous entourent, ce fruit qui a mûri par amour pour vous, l’amour est partout, la vie grouille de partout ! Puis laissez vous transporter, imaginez la richesse sur cette Terre, cette abondance partout, dans toutes les dimensions où d’autres êtres grouillent comme ici… puis le système solaire, puis la galaxie, et les milliards de galaxies, et encore au-delà, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, c’est juste à tomber par terre la vie, à tomber par terre… la vie est une célébration cosmique, une fête divine permanente d’amour et d’abondance, elle se donne totalement sans restrictions, sans réserve, la vie est une explosion permanente d’amour, de beauté, de richesse, pour l’infinité des êtres, une célébration divine.

J’ai le sentiment qu’il n’y a ni espace ni temps en réalité, que rien n’existe vraiment en tant que tel. Je dirais même que « tout ce qui est » « est dans l’Esprit », dans ce « point » qui est potentiellement rien et infini à la fois. Ce « point » n’est pas localisé quelque part, disons plutôt qu’il est partout et nulle part simultanément. La vie est le rêve de Dieu en quelques sortes, l’œuvre de l’Artiste, la projection de l’Esprit. Je ne trouve pas les mots pour décrire cela, mais c’est comme si c’était un rêve. Quand on rêve, il y a aussi un espace, un temps, des personnages, des histoires, des émotions, des sensations. Ce rêve est dans notre esprit, c’est une création de l’esprit. La vie est la même chose, c’est la création de l’Esprit de Dieu. Dieu, le créateur du rêve.

Alors, tout ceci n’explique rien, c’est un tour de magie inexplicable, de la magie pure, un mystère merveilleux que je m’amuse à décrire pour le plaisir de la découverte. Et plus on le découvre, plus on se rend compte à quel point c’est génial, c’est tout, c’est comme si mes yeux étaient sans cesse émerveillés par la vie, que tout était toujours remis à zéro quelque part, une perception toujours neuve, fraîche, vide du passé et du futur, dans laquelle on a l’impression de ne jamais rien savoir, d’être fragile comme un bébé.