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Présence

En me promenant en ville, le corps léger, heureux sans raison, oubliant jusqu’à ma propre existence, je constate qu’il n’y a que du bonheur. Les sens sont aiguisés, les sons jouissifs, les couleurs étonnamment vives, éclatantes, tout est imprégné de présence, d’une clarté cristalline, d’une luminosité chaleureuse, intense.

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Soudainement, je m’arrête de marcher, tout s’arrête, comme si on avait appuyé sur pause, en surface, « extérieurement », ça bouge, les gens vaquent à leurs occupations, mais « intérieurement » c’est complètement immobile, ouvert, vivant, et il n’y a rien, personne, il n’y a pas d’autres, pas de moi.

Intérieur et extérieur ont fusionné, il n’y a que Présence partout, nous sommes cette Présence, cette Présence est nous, une Présence radieuse imprégnée d’Amour, mais pas un amour de, pour, envers, non, il n’y a plus de relation, il n’y a plus personne, l’autre c’est moi, tout ce qu’on voit, toutes les formes, cette Présence est tout ce qui est, il n’y a rien d’autre.

Il ne reste plus rien du passé, ni l’agréable ni le désagréable, ni les bons ni les mauvais souvenirs. Expériences, sensations, sentiments, émotions, pensées, plus rien, le film s’est arrêté. Aucun désir, aucun but, aucune attirance, aucun attachement, aucun lien, tout a disparu.

Après un moment la Présence diminue en intensité, et on revient avec émerveillement dans le personnage, dans le jeu sublime de cette Présence qu’est la Vie !

Gauvin et la sorcière

On dit que le jeune roi Arthur tomba un jour dans une embuscade et fut fait prisonnier par le monarque d’un royaume voisin. Le monarque aurait pu le tuer mais fut ému de la jeunesse et de la joie de vivre d’Arthur. Alors, il lui offrit la liberté contre la réponse à une question très difficile. Arthur aurait une année pour deviner la réponse et s’il ne pouvait la donner au bout de ce délai, il serait tué.

La question était : que veulent réellement les femmes ?

Une telle question laisserait perplexe les hommes les plus savants et, pour le jeune Arthur, cela semblait être une quête impossible. Comme c’était quand même mieux que la mort, il accepta la proposition du monarque de lui ramener la réponse au bout d’un an. Il retourna dans son royaume pour interroger tout le monde : les princesses, les prostituées, les prêtres, les sages, le fou de la cour. Il parla à chacun mais personne ne put lui donner une réponse satisfaisante.

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Ce que la plupart des gens lui dirent fut d’aller consulter la vieille sorcière qui était la seule à pouvoir connaître la réponse. Le prix en serait élevé car la sorcière était connue dans tout le royaume pour les prix exorbitants qu’elle demandait. Le dernier jour de l’année arriva et Arthur n’avait pas d’autre choix que d’aller parler à la sorcière. Elle accepta de répondre à sa question mais il devait d’abord accepter son prix. La vieille sorcière voulait épouser Gauvain, le plus noble des Chevaliers de la Table Ronde et le plus cher ami d’Arthur.

Le jeune Arthur fut horrifié : la vieille sorcière était bossue et terriblement laide, n’avait qu’une dent, sentait comme l’eau des égouts, faisait souvent des bruits obscènes… Il n’avait jamais rencontré de créature aussi répugnante. Il refusait de forcer son ami à l’épouser et d’endurer un tel fardeau. Gauvain, en entendant la proposition, parla à Arthur. Il lui dit que ce n’était pas un si terrible sacrifice pour sauver la vie d’Arthur et préserver la Table Ronde. Ainsi, le mariage eut lieu et la sorcière répondit à la question :

Ce qu’une femme veut vraiment c’est de pouvoir décider de sa propre vie.

Chacun sut à l’instant que la sorcière venait de dire une grande vérité et que la vie d’Arthur serait épargnée. Et ce fut le cas. Le monarque voisin épargna la vie d’Arthur et lui garantit une totale liberté.

Quel mariage ! Arthur était tenaillé entre le soulagement et l’angoisse. Gauvain se montrait agréable comme toujours, charmant et courtois. La vieille sorcière montra ses plus mauvaises manières. Elle mangea avec les doigts, rota et péta et mis tout le monde mal à l’aise.

La nuit de noce approcha. Gauvain se préparant psychologiquement pour la nuit de noce entra dans la chambre. Mais quelle surprise ! La plus belle femme qu’il ait jamais vue se tenait devant lui. Gauvain était éberlué et demanda ce qui se passait. La beauté répondit que comme il avait été gentil avec elle (quand elle était la sorcière), elle serait la moitié du temps horrible et déformée et l’autre moitié une magnifique jeune fille.

Quelle forme voulait-il qu’elle prenne le jour et la nuit ? Quelle question cruelle ! Gauvain commença à réfléchir à ce problème : pendant la journée une belle femme à montrer à ses amis mais la nuit, dans l’intimité, une vieille et sinistre sorcière ? Ou bien dans la journée une hideuse sorcière mais la nuit, une belle femme pour jouir des moments intimes ?

Le noble Gauvain répondit à la sorcière qu’il la laisserait choisir elle-même.

En entendant cela, elle annonça qu’elle serait belle tout le temps parce qu’il l’avait respectée et l’avait laissé décider elle-même de sa vie.

 

Appréciation

Parler de hautes ou de basses fréquences, de hauts et de bas sentiments… il n’y a pas de plus ou de moins, tout est nécessaire. Plus notre énergie est grande moins il y a de pensées parasites, et plus notre énergie est basse plus les pensées nous assaillent.

Quand notre énergie est haute, on peut chuter d’un seul coup, nous ne sommes jamais à l’abri de rien, tout est incertain. Et souvent, chuter nous fait un bien fou, parce que quand on est très haut, il y a le danger de se sentir invincible, que tout est possible, ce qui est vrai d’une certaine façon, mais il peut nous arriver de prendre à la légère la souffrance des autres, de se désensibiliser de ses semblables, de ne pas être touché, vulnérable, de ne plus vouloir prendre le temps d’aider un proche qui traverse une phase difficile, comme si tout pouvait se régler un claquement de doigts, ce qui est aussi vrai, rires, mais pas toujours, et pas pour tout le monde.

Oui, ça nous fait un bien fou de chuter, d’avoir des pensées qui nous tourmentent, des blessures, d’être vulnérable. Et quand ça nous arrive, si nous sommes très attentifs, sans chercher à penser, à mettre de l’ordre, juste sentir, c’est extraordinaire. C’est extraordinaire d’être blessé, de ressentir la tristesse, c’est beau, c’est comme regarder un merveilleux coucher de soleil. On ressent, tout simplement, sans lutter, sans penser à quoi que ce soit, calmement, on apprécie la sensation, on la laisse vivre en nous, comme une amie qui passe chez soi.

Une fois que la sensation est passée, une autre vient, la joie tiens. C’est cool, on écoute la musique dans la rue, l’énergie frétille, on danse. Et ainsi de suite. L’important est, je crois, de ne s’attacher ni à la tristesse, ni à la joie, de ne pas vouloir emprisonner la tristesse ni la joie. Nous sommes vides, pur esprit, il y a de l’espace, des choses passent, occupent cet espace un moment, et s’en vont. Les problèmes ont lieu quand on devient accro à une de ses sensations, qu’on essaie de la reproduire, ou de l’empêcher de partir, c’est le début de l’action, de l’agitation, de la perte de soi. Ce n’est même pas un problème de se perdre, c’est simplement un message, un signal qui nous dit: « eh, attention, tu t’égares ! », et s’égarer est si amusant en même temps, tout est si drôle, léger.

Bref, le serpent se mord la queue avec le langage, ce que je voulais dire finalement, c’est qu’on apprécie autant l’extase que la tristesse, les hautes fréquences autant que les basses, même si haut et bas ne veut plus rien dire. Évidemment, des fois on s’emporte, des fois on se perd, des fois on divague, des fois on en fait trop, mais tout ça est un miracle, une célébration, je parle d’embrasser la vie dans sa totalité, d’une relation d’amour avec l’existence, d’apprécier chaque moment.

Quelle liberté… les réactions, les réponses à ce qui nous arrive, nos interactions, la lumière, les sons, les sens… les combinaisons sont infinies et chaque instant est une fleur qui ne demande qu’à s’épanouir pour nous révéler sa beauté.

Tout a un sens, tout nous parle.